Du Ve au IVe siècle avant J.C, la cité d’Athènes a connu une période démocratique florissante, caractérisée par une participation des citoyens à la décision publique via des assemblées ouvertes ou tirées au sort.
Cet article vise à donner un aperçu de ce régime atypique, d’abord par l’angle de ses institutions, puis de sa vie politique. Des liens redirigent vers des articles plus détaillés
- La démocratie athénienne (introduction)
- Chronologie de la démocratie athénienne
- La population d’Athènes
- La géographie politique d’Athènes
- La théorie de la politique grecque
- L’Ecclésia, l’Assemblée du peuple
- L’Héliée, le Tribunal du peuple
- La Boulè, le Conseil des cinq cents
- Les Collèges de magistrats athéniens
- Le contrôle des magistrats athéniens
- La procédure législative athénienne
- La politique athénienne
Aperçu des institutions

La démocratie athénienne n’est pas régie par la séparation des pouvoirs que l’on connait aujourd’hui : législatif, exécutif, et judiciaire. Il arrive fréquemment que des institutions en détiennent deux, voire les trois en même temps.
Aristote considère plutôt qu’il y a quatre types de pouvoir : initier les procédures, préparer les affaires, prendre les décisions et les exécuter.
L’initiative des procédures, que ce soit pour proposer une loi ou bien intenter une action publique contre un magistrat, appartient toujours aux citoyens. N’importe qui peut monter à la tribune de l’Ecclésia, l’Assemblée du peuple, pour partager sa motion ou accuser un orateur de malversations.
La préparation des affaires revient à la Boulè, un conseil de 500 citoyens tirés au sort, pour les affaires législatives, et aux magistrats pour les affaires judiciaires. Le magistrat de l’antiquité est simplement un haut fonctionnaire, voire l’équivalent d’un ministre de nos jours pour les postes les plus importants.
La prise de décisions est partagée entre deux institutions : d’un côté, l’Ecclésia où n’importe quel citoyen peut participer, et de l’autre l’Héliée, le Tribunal du peuple, où des jurés sont tirés au sort pour rendre des verdicts. L’Ecclésia vote les décrets et les projets de loi et s’occupe de la politique, tandis que le Tribunal adopte les lois via les nomothètes, juge de la constitutionnalité des lois et décrets (graphè paranomon), s’occupe des litiges de droit privé, juge les magistrats et orateurs accusés de corruption (eisangélie) et contrôle à la reddition des comptes (les euthynai) des magistrats à la fin de leur mandat.
Enfin, l’exécution des décisions prises par l’Ecclésia et l’Héliée est confiée à des Collèges de magistrats compétents.
Aperçu de la vie démocratique
Athènes est une démocratie d’assemblée et non une démocratie parlementaire. Cela signifie que les discours prononcés à l’Ecclésia ont une réelle influence sur le vote des citoyens présents. Alors qu’aujourd’hui, un député qui monte à la tribune sait très bien que sa parole n’a aucune chance de faire basculer le vote, car les décisions sont déjà prises en amont par les groupes parlementaires. Cela explique également pourquoi les partis politiques n’ont jamais existé à Athènes : les citoyens n’ont pas besoin de représentants pour exercer leur souveraineté, ils n’ont pas à être fidèles à tel ou tel orateur, et sont libres de changer d’avis selon les questions à débattre.
Tous les citoyens sont libres de participer à la vie politique, mais rien ne les y oblige. Prendre la parole comporte le risque d’être poursuivi devant les tribunaux, soit pour avoir proposé un décret anticonstitutionnel, soit pour dévoyer les intérêts du peuple. C’est une bonne manière de dissuader les opportunistes qui ne cherchent que leur bénéfice personnel au détriment de celui de la cité. Mais cette propension à poursuivre les dirigeants politiques en justice conduit parfois à des condamnations illégitimes et dissuade les citoyens de participer à la vie politique. De fait, les hommes politiques sont peu nombreux, une vingtaine tout au plus pour 30 000 citoyens. De nombreuses récompenses sont offertes aux orateurs les plus charismatiques afin de stimuler les carrières politiques, ce qui crée une compétition quasi sportive entre eux. La majorité des citoyens, quant à elle, se contente d’observer et de voter.
Mais les Athéniens sont conscients des dangers de la démocratie directe et des démagogues qu’elle peut engendrer. C’est pourquoi l’Ecclésia n’a pas tous les droits : les propositions de loi doivent d’abord passer par la Boulè, et toutes les décisions de l’Assemblée peuvent faire l’objet d’un recours devant le Tribunal du peuple où des jurés tirés au sort, généralement plus âgés, ont le temps de peser le pour et le contre après un exposé méticuleux de chaque partie. Le pouvoir est donc réparti sur plusieurs institutions.
Les Athéniens pensent que la démocratie est incompatible avec la professionnalisation de la politique, c’est pourquoi la majorité des magistratures sont attribuées par tirage au sort. L’amateurisme fait partie intégrante de cette stratégie institutionnelle : diviser au maximum les tâches entre des collèges de dix magistrats tirés au sort de manière à éviter la concentration du pouvoir en une seule main. Quand les magistrats rendent des comptes en fin de mandat, l’incompétence est un motif valable pour justifier de ses erreurs. Cependant, certains postes militaires et financiers sont considérés comme vitaux pour l’État et donc attribués par l’élection à ceux qui sont présumés les plus talentueux.
Le régime athénien n’a aucun équivalent en matière de participation politique, que ce soit dans l’Antiquité ou la période contemporaine. Sur un total de 30 000 citoyens, environ 2 000 jurés sont tirés au sort chaque jour pour juger les affaires du Tribunal, quatre fois par mois, 6 000 citoyens se présentent à l’Ecclésia pour voter les décrets, et une fois par an, 1 200 postes de magistrats sont attribués par tirage au sort parmi des volontaires. Bien entendu, les 30 000 citoyens adultes mâles sont en réalité une minorité des habitants de l’Attique : quand on ajoute, femmes, enfants, métèques et esclave, elle se monte à 300 000. La participation des Athéniens à leur régime politique n’en demeure pas moins exceptionnelle.
Les citoyens ne peuvent être tirés au sort deux fois pour la même charge, que ce soit à la Boulè ou dans les autres magistratures. De plus, les magistrats en fonction ne peuvent se présenter au tirage au sort de l’année suivante, ils doivent toujours attendre un an avant de rentrer à nouveau dans la fonction publique. Ces règles garantissent une rotation permanente du corps des magistrats parmi les citoyens. Chacun devient tour à tour gouvernant et gouverné. On peut ainsi calculer qu’au sein d’une même génération, environ ¼ des Athéniens deviennent président de la Boulè un jour dans leur vie (ce poste est tiré au sort toutes les 24 heures). Les gouvernés sont plus enclins à suivre les ordres des gouvernants s’ils l’ont déjà été eux-mêmes ou savent qu’ils le seront bientôt.
Le coût de fonctionnement des institutions démocratiques pèse très lourd sur le budget de la cité, entre 10 % et 25 % selon les années. À titre de comparaison, les frais du Parlement et de l’organisation des différentes élections sont négligeables comparés au budget national dans une démocratie moderne. La richesse d’Athènes s’explique notamment par la population servile employée par les citoyens et par le travail des femmes, elles aussi dénuées de droits politiques. C’est d’ailleurs le rêve des philosophes comme Aristote que d’avoir une cité où les citoyens ne font que s’occuper de politique tandis que les esclaves travaillent. Cependant, cette utopie ne se réalise jamais. Les citoyens sont de conditions très différentes, beaucoup travaillent aux champs en compagnie des métèques et des esclaves pour gagner le minimum vital. Le coût exorbitant de la démocratie ne gêne pas les Athéniens, car ils en sont les principaux bénéficiaires : le poste de dépense le plus élevé est la rétribution des citoyens qui se présentent aux réunions de l’Ecclésia. On peut même dire qu’il s’agit d’un système de redistribution des richesses.
Source
HANSEN – La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène
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