Jean-Charles de Borda trouvait la méthode de Condorcet remarquable, mais trop complexe à mettre en pratique. Il mit donc au point un scrutin qui est certes moins robuste, mais beaucoup plus facile à expliquer aux électeurs et à mettre en pratique.
- Les modes de scrutin
- Le scrutin majoritaire
- Le scrutin de Condorcet
- La méthode Borda
- Le vote à second tour instantané
- La méthode Bucklin
- Le vote par approbation
- Le vote par notation
- Le jugement majoritaire
- Les scrutins proportionnels de liste
- Le vote par approbation proportionnel
- Le vote unique transférable
- Les scrutins majoritaires plurinominaux
Déroulement du scrutin
Forme des bulletins

La méthode Borda est un vote par classement, le bulletin de vote est donc identique à celui utilisé pour la méthode de Condorcet. Toutefois, la taille de la liste (le nombre de choix) peut être inférieure au nombre de candidats.
Mode de dépouillement
Pour chaque bulletin, on attribue aux candidats un nombre de points en fonction de leur classement. Le candidat arrivé dernier sur une liste obtient 1 point (il est aussi possible de commencer à 0 point), l’avant-dernier obtient 2 points, et ainsi de suite jusqu’au premier qui obtient un nombre de points égal à la taille de la liste.
Par exemple, si le bulletin contient la liste B > A > C, le candidat B obtient 3 points, A 2 points et C 1 point.
Pour faciliter le dépouillement, on regroupe les bulletins par combinaison de classement possible, puis on calcule le nombre de points qui reviennent à chaque candidat. Exemple pour une élection à trois candidats et 1000 électeurs :
| Combinaisons | Bulletins | Points A | Points B | Points C |
|---|---|---|---|---|
| A > B > C | 241 | 723 | 482 | 241 |
| A > C > B | 112 | 336 | 112 | 224 |
| B > A > C | 185 | 370 | 555 | 185 |
| B > C > A | 105 | 105 | 315 | 210 |
| C > A > B | 170 | 340 | 170 | 510 |
| C > B > A | 187 | 187 | 374 | 561 |
| TOTAL | 1000 | 2061 | 2008 | 1931 |
Ici, le candidat A obtient le plus haut score (2061 points), c’est donc lui qui remporte le scrutin.
Avantages et inconvénients
La méthode Borda ne satisfait pas le critère d’indifférence aux clones : l’ajout d’un candidat similaire à un autre fait diminuer les chances de tous les autres candidats. Ainsi, si on l’utilise dans le cadre d’une élection, les partis politiques ont intérêt à proposer de nombreux candidats similaires pour diminuer les chances de succès de leurs adversaires.
Malgré tout, quand il existe un vainqueur de Condorcet, il est très souvent élu par la méthode de Borda – mais pas toujours –, bien plus que dans les scrutins majoritaires classiques, le vote à second tour instantané et le vote par approbation.
Les électeurs peuvent recourir à la stratégie du vote utile s’ils anticipent qu’un candidat pour lequel ils sont moyennement favorables a plus de chances de l’emporter que leur candidat « de cœur ». Cependant, cet effet est moins fort quand dans les scrutins majoritaires classiques, car les électeurs peuvent tout de même placer leur « choix de cœur » très haut sur la liste.
En revanche, la méthode Borda incite fortement les électeurs à « enterrer » (burial en anglais) les candidats populaires adverses en dernière position de la liste pour plomber leur score. Cela revient aussi à suivre la stratégie de la chèvre (turkey raising en anglais), puisque les électeurs avantagent des candidats qu’ils n’aiment pas dans le seul but de nuire à d’autres candidats.
Le dépouillement est très facile à comprendre, c’est le principal avantage de la méthode. En revanche, le remplissage des bulletins par les électeurs est fastidieux, car classer les candidats les uns par rapport aux autres demande beaucoup plus de réflexion que toutes les autres méthodes existantes (choix d’un candidat unique, choix de plusieurs candidats ou encore notation des candidats).
Utilisation
La méthode Borda n’est utilisée que de manière très marginale en politique, à Nauru.
En revanche, elle est populaire pour départager des candidats lors de concours tels que l’Eurovision ou des tournois sportifs aux États-Unis.
Au sujet du remplissage fastidieux des bulletins par les électeurs, il est à noter que ce n’est pas le cas dans l’utilisation numérique de ce mode de scrutin, la technologie permettant de déplacer les candidats, jusqu’à ce que la lecture de la liste nous paraisse logique. Avec un système de cases à cocher, c’est complexe en effet, mais quand l’outil permet la lecture graphique et l’ajustement de l’ordre, c’est un jeu d’enfant.
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