Le scrutin majoritaire

Les scrutins majoritaires sont très populaires au sein des systèmes démocratiques, car ce sont les plus simples à comprendre et à mettre en œuvre. Cependant, ce type de scrutin comporte aussi un certain nombre de défauts que nous allons passer en revue.

Déroulement du scrutin

Forme des bulletins

Quand ils se présentent aux urnes, les électeurs votent pour un et un seul candidat. Les bulletins peuvent prendre plusieurs formes : en France, on choisit un bulletin nominatif parmi plusieurs, tandis qu’au Royaume-Uni on coche la case de son candidat favori sur un bulletin unique (comme montré sur l’image ci-dessus).

Dépouillement

Les bulletins sont comptabilisés et les voix attribuées aux candidats correspondants.

Dans le scrutin majoritaire à un tour, le candidat qui obtient le plus de voix est élu, même s’il ne dépasse pas la majorité absolue (50%).

Prenons l’exemple d’une élection à trois candidats avec 1000 électeurs :

CandidatsVoix
A353
B290
C357
TOTAL1000

Le candidat C est élu, car il obtient le plus de voix, même s’il n’a pas la majorité absolue des 500 voix.

Dans le scrutin majoritaire à deux tours, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, un second tour est organisé entre les deux candidats arrivés en tête.

Si l’on reprend l’exemple précédent, les candidats A et C ont fait le meilleur score, ils s’affrontent donc lors d’un second tour. Les résultats peuvent alors être les suivants :

CandidatsVoix
A538
C462
TOTAL1000

Le candidat A l’emporte, car la majorité des électeurs de B étaient plus favorables à A qu’à C.

Il est possible de faire des scrutins majoritaires avec davantage de tours, mais cela est très rare en pratique, notamment car rappeler les électeurs aux urnes est coûteux.

Le scrutin anti-majoritaire

Cette variante consiste non pas à voter pour un candidat, mais à voter contre un candidat. C’est donc le candidat qui obtient le moins de votes qui est élu.

Si l’on reprend l’exemple précédent, cela peut donner :

CandidatsVoix
Voix A292
Voix B282
Voix C426
TOTAL1000

Le candidat B est élu, car il a obtenu le moins de voix.

Bien qu’ils se basent sur les mêmes données, on constate que les trois types de scrutin majoritaire donnent tous un résultat différent.

Avantages et inconvénients

Le scrutin anti-majoritaire est très inefficace pour retranscrire la volonté des électeurs. En effet, avec ce système, les électeurs ont tendance à voter contre des candidats populaires du camp adverse, ce qui, en définitive, ne donne des chances de succès qu’aux candidats les moins connus.

Aucun scrutin majoritaire ne remplit les critères d’indifférence aux options non pertinentes et aux clones. Ceci a des répercussions très concrètes : plus un parti politique présente de candidats (des clones), plus il réduit ses chances de succès. De la même façon, plus une famille politique est divisée en petits partis (des options non pertinentes), moins ses membres ont de chances de gagner. Ces effets sont très forts pour le scrutin à un tour, et un peu moins pour le scrutin à deux tours.

Selon la loi de Duverger, dans le cadre des élections législatives, les scrutins majoritaires à un tour favoriseront toujours le bipartisme, c’est-à-dire la réduction de l’offre politique à seulement deux gros partis. À l’inverse, le scrutin proportionnel et, à moindre mesure, le scrutin majoritaire à deux tours, favorisent le multipartisme, c’est-à-dire une offre politique éclatée entre plusieurs partis minoritaires. Cette loi ne traduit cependant qu’une tendance et plusieurs exceptions existent à travers le monde, notamment en Inde et au Canada où il existe une pluralité de partis alors que le scrutin majoritaire à un tour est utilisé.

Lorsqu’il existe un vainqueur de Condorcet (candidat qui vaincrait tous les autres candidats si des duels étaient organisés), les scrutins majoritaires ne garantissent pas qu’il soit élu. Par exemple, lors de l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy a été élu alors que François Bayrou était préféré à tout autre candidat. En fait, les scrutins majoritaires sont les plus inefficaces pour désigner le vainqueur de Condorcet, notamment le scrutin majoritaire à un tour.

Les scrutins majoritaires sont les plus sensibles à la stratégie du vote utile. En effet, puisque les électeurs ne peuvent exprimer leur préférence qu’envers un candidat, ils ont tout intérêt à choisir celui qui a de véritables chances de gagner plutôt que leur « candidat de cœur » qui est plus proche de leurs idées, mais qui est mal classé dans les sondages.

Le scrutin majoritaire à deux tours peut inciter à la stratégie de la chèvre (turkey-rising en anglais) : des électeurs votent pour un candidat médiocre au premier tour afin que leur candidat favori puisse l’écraser au second tour. Cela suppose cependant que les électeurs soient assurés du passage au second tour de leur candidat, ce qui est rarement le cas en pratique. La stratégie de la chèvre peut aussi être employée par des opposants pour parasiter les primaires d’un parti politique.

En dépit de tous ces défauts, les scrutins majoritaires disposent d’un avantage conséquent : leur simplicité de compréhension et de mise en œuvre. N’importe quel citoyen est en mesure de comprendre et même de participer au dépouillement du vote. La confiance dans ces modes de scrutin est donc très forte. Toutefois, leur simplicité encourage aussi le vote stratégique : quand on comprend un système, on comprend aussi comment le contourner. Ce n’est pas le cas, par exemple, des scrutins de Condorcet où le vote stratégique est théoriquement possible, mais probablement marginal en pratique tant le système de vote est difficile à comprendre.

Utilisation

Les scrutins majoritaires sont utilisés très largement à travers le monde. Le scrutin à un tour est particulièrement populaire dans les pays anglo-saxons, il s’est répandu dans les ex-colonies britanniques avec le système de Westminster.

Le scrutin à deux tours, quant à lui, est très présent en Europe de l’Est, en Amérique du Sud et dans les anciennes colonies françaises.

Le scrutin anti-majoritaire n’est pas utilisé pour manque d’efficacité.

Le scrutin majoritaire peut aussi être utilisé de manière plurinominale, auquel cas ce sont les x premiers candidats arrivés en tête qui sont élus (on l’appelle alors « vote unique non transférable »).

Sources

Wikipédia ENG – First-past-the-post voting

Wikipédia ENG – Two-round system

Wikipédia ENG – Anti-plurality voting

Wikipédia ENG – Condorcet efficiency

Wikipédia ENG – Comparison of electoral systems

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