La représentation par auto-sélection

L’auto-sélection comme représentation démocratique

L’auto-sélection est une pratique assez fréquente en démocratie. Il s’agit tout simplement du fait de se porter volontaire pour exercer une fonction représentative. Dans la démocratie athénienne, l’Ecclésia était une assemblée auto-sélectionnée : chaque citoyen avait la possibilité de participer aux débats et lorsque l’assemblée atteignait les 6 000 citoyens, elle était réputée pouvoir agir au nom du peuple athénien (30 000 citoyens) dans son ensemble.

Plus récemment, les pratiques des budgets participatifs, des initiatives citoyennes et des mouvements sociaux en général reposent sur la représentation par auto-sélection. Il n’y a aucune barrière à l’entrée, tous les citoyens sont libres de participer, bien qu’en pratique, seule une infime fraction de la population se prête à l’exercice.

Il peut paraître étrange d’appeler des citoyens volontaires des « représentants », car ils ne font qu’exprimer leur point de vue personnel sans jamais chercher à parler au nom d’autres citoyens. Mais comme cela a été montré, la notion de représentation ne nécessite pas forcément l’accord des représentés. Et même si les participants ne sont pas statistiquement représentatifs de la population comme dans une assemblée tirée au sort et ne sont pas aussi légitimes qu’un représentant élu, ils prennent tout de même une décision qui, in fine, va être perçue par les citoyens et les institutions comme venant de la population dans son ensemble. Les auto-sélectionnés sont donc bel et bien des représentants, qu’ils le conçoivent de cette manière ou pas.

La représentation par auto-sélection est démocratique dans le sens où chaque citoyen a un droit de participer librement sans aucun critère d’exclusion et un même droit de parole. L’auto-sélection est, sur certains points, plus démocratique que l’élection (manque d’inclusion au niveau des candidats qui appartiennent souvent au même milieu) et le tirage au sort (l’inclusion de tous les citoyens ne peut se faire que sur le long terme, après un grand nombre de rotations).

Critiques

Dire que l’auto-représentation est inclusive met entre parenthèses les contraintes matérielles qui pèsent sur la participation des citoyens à ce genre d’assemblées. Il est plus aisé de participer lorsqu’on habite près du lieu de réunion, qu’on a une voiture pour s’y rendre, ou, si la réunion se déroule en ligne, qu’on dispose d’un ordinateur et qu’on est à l’aise avec internet. Selon le contexte social dans lequel s’inscrivent ces instruments, ils peuvent contribuer à creuser davantage les inégalités en donnant de l’influence aux citoyens les plus favorisés. Leur démocraticité s’en trouve donc fragilisée.

Sans compter que l’auto-sélection aboutit généralement à un groupe non représentatif sur le plan statistique. On constate dans plusieurs expériences que le niveau de participation varie selon les critères socio-démographiques, notamment le genre, le niveau d’éducation, et la richesse. De plus, le nombre de participants est généralement très faible, même sur les plates-formes en ligne, ce qui a pour effet d’exacerber la non-représentativité statistique. Peut-on encore parler de représentation démocratique dans ces conditions ?

En vérité, aucune forme de représentation n’est pleinement démocratique. Les élections, comme cela a déjà été montré, favorisent des candidats ambitieux et fortunés, tandis que le tirage au sort, lorsqu’il fait appel à des volontaires, repose lui aussi en partie sur l’auto-sélection et présente un biais statistique qu’il faut corriger avec des quotas.

Concernant le biais d’auto-sélection, on constate généralement soit une sur-représentation des citoyens les plus riches parce qu’ils perçoivent l’opportunité d’agir pour leurs intérêts, soit, au contraire, une sous-représentation parce qu’ils estiment avoir mieux à faire de leur temps. Cet effet varie selon le pays et le contexte.

Conclusion

L’auto-sélection est démocratique en ce qu’elle offre à chaque citoyen l’opportunité de participer à la prise de décision publique, mais elle souffre, tout comme la représentation par tirage au sort, du biais d’auto-sélection qui pousse certaines catégories de la population à participer davantage que d’autres.

Sa légitimité étant fragile, l’auto-sélection doit probablement se cantonner à des institutions dont le rôle consiste à exprimer une opinion en amont du processus décisionnel, pour préparer les sujets à l’ordre du jour, par exemple.

Source

LANDEMORE – Open Democracy, chapter 4 : legitimacy and representation beyond elections (2020)

Une réflexion sur “La représentation par auto-sélection

  1. Le tirage au sort ne souffre du biais d’auto-sélection que si – et seulement si – les tirés au sort ont un droit de refus sans conditions spécifiques. D’où le choix de cette façon de faire pour les jurés d’assises. Il reste un biais d’auto-sélection dans le choix de prendre la parole ou non, de voter ou non, etc. Mais ce dernier est consubstantiel à la liberté individuelle et est donc tautologique. Il s’applique à toute forme d’activité humaine non contrainte.

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