La coopérative, une entreprise démocratique inspirante

Dans cet article, Simon Pek (professeur spécialisé en démocratie d’entreprise et organisations alternatives) passe en revue deux types de coopératives qui pourraient aider à améliorer le modèle de l’entreprise bicamériste développé par Isabelle Ferreras.

  1. L’entreprise bicamériste
  2. L’entreprise tripartite
  3. La Coopérative ESOP
  4. Peut-on démocratiser les entreprises ?
  5. Les limites de l’entreprise bicamériste
  6. La coopérative, une entreprise démocratique inspirante
  7. Les cinq principes de la démocratie d’entreprise

Les coopératives salariales

Le fonctionnement des coopératives dépend de leur taille : quand les salariés participent activement aux prises de décisions collectives, la méthode se rapproche de la démocratie directe et, à l’inverse, quand ils sont trop nombreux et qu’il faut élire des représentants, le fonctionnement devient celui d’une démocratie représentative. La recherche montre que ce dernier type de coop peut se transformer en oligarchie, notamment quand les élus ne sont plus représentatifs et se mettent à défendre les intérêts de certains groupes de salariés au détriment des autres. De plus, en dehors des élections et des assemblées générales (où le taux de présence est assez faible dans les grosses coops), la voix des salariés peut avoir du mal à se faire entendre.

Pour éviter ce genre d’oligarchie, la pratique suggère plusieurs pistes. Tout d’abord, tout comme les administrateurs reçoivent un jeton de présence (une forme de rémunération) quand ils siègent au conseil d’administration, les salariés peuvent aussi recevoir un tel jeton lors des assemblées générales pour encourager leur participation dans les organes politiques de l’entreprise. Il est aussi possible d’instaurer des mandats révocables afin de rendre les représentants des salariés plus responsables, ou bien d’instaurer des comités de salariés tirés au sort qui agissent comme des mini-publics afin de prendre certaines décisions. La rotation des postes de travail, quand elle est possible, peut éviter le cloisonnement des différents corps de métier.

Concernant les syndicats, leur présence au sein des coopératives peut s’avérer bénéfique, notamment dans les grandes coops où il existe un écart de statut plus important entre les salariés, mais elle peut aussi être une source de déstabilisation. Certaines coops ont vu leurs organes directeurs entièrement accaparés par des syndicats, empêchant de fait une représentativité diversifiée des salariés.

Ces diverses recommandations sont aussi applicables à l’entreprise bicamériste, car ses salariés doivent élire des représentants pour siéger à la chambre des salariés. Les problématiques sont donc les mêmes que dans une coopérative, à la différence près que la chambre n’a pas un pouvoir absolu sur la marche de l’entreprise, elle doit le partager avec la chambre des actionnaires. Concernant les syndicats, l’auteur préconise de ne pas les laisser s’occuper des élections des représentants à la chambre des salariés, car cela pourrait conduire à une certaine forme d’oligarchie. Le rôle des syndicats devrait plutôt consister à informer les salariés sur leurs droits et à faire remonter leurs préoccupations auprès des organes de direction.

Les coopératives d’intérêt collectif

Ce genre de coopérative, particulièrement répandu au Québec et en Italie (existe aussi en France sous l’acronyme SCIC – Société Coopérative d’Intérêt Collectif), n’est pas exclusivement gouvernée par les salariés, mais par un ensemble de parties prenantes (client, fournisseur, banque, salariés, représentants des communautés locales, etc.). Chaque groupe détient un certain nombre de droits de vote, défini lors de la création de la coopérative (par exemple : 30 % pour les salariés, 30 % pour les clients, 30 % pour les fournisseurs et 10 % pour la banque).

Cette forme de coopérative a plusieurs avantages. Tout d’abord, l’inclusion des parties prenantes dans les organes de gouvernance ancre la vision stratégique de la coopérative dans le long terme : il s’agit de construire une relation de confiance entre tous les acteurs concernés, et pas seulement la recherche du profit à court terme. Ce genre de lien permet d’obtenir des contrats à des conditions parfois plus avantageuses que le marché et avec des coûts de négociation moindre. L’engagement auprès d’une communauté permet aussi de bénéficier de son soutien, ce qui peut se manifester par des préférences d’achat pour les produits de la coopérative, la mise à disposition gratuite de certains biens ou même du volontariat.

Encore une fois, l’entreprise bicamériste peut s’inspirer de ces bonnes pratiques, par exemple en incluant davantage de parties prenantes dans la chambre des actionnaires ou des salariés. Afin d’éviter de déséquilibrer la balance du pouvoir entre les deux chambres, il est aussi envisageable d’ajouter une troisième chambre pour les parties prenantes, comme nous l’avons déjà vu dans l’entreprise tripartite. Une autre solution consisterait à créer des panels pour chaque partie prenante. Le rôle de ces panels consisterait à conseiller les deux chambres et le dirigeant (cela se fait déjà dans certaines entreprises) ; leur pouvoir serait néanmoins beaucoup moins important, puisque non contraignant.

Conclusion

L’entreprise bicamériste a beaucoup à apprendre des coopératives, car cette forme particulière de société bénéficie d’une longue expérience dans la gouvernance par les salariés, avec tous les problèmes que cela peut engendrer. Les principaux enseignements à tirer sont : responsabiliser les représentants des salariés, circonscrire le rôle des syndicats, et inclure les parties prenantes dans la prise de décision collective.

Source

PEK – Learning from cooperatives to strengthen economic bicameralism (2023)

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