Les partis politiques sont-ils nécessaires ?

Définition

Un parti politique peut être défini comme un groupe de personnes partageant les mêmes opinions et dont l’objectif est la prise du pouvoir via les élections. Selon cette définition, il est évident que les partis politiques perdraient leur utilité dans un monde où l’élection ne serait plus au centre de la politique.

Mais il s’agit d’une définition restreinte, car les partis ont aussi pour fonction de regrouper des idées, de développer et de défendre une idéologie.

Des partis essentiels dans notre démocratie

En science politique, il y a un consensus sur le fait qu’un système sans parti n’est pas souhaitable en démocratie. Robert Goodin, par exemple, stipule qu’un monde sans parti aurait cinq conséquences néfastes :

  • Une personnalisation de la politique, car les électeurs privilégieraient les qualités intrinsèques des candidats (éloquence, physique, etc.) plutôt que leur idéologie ;
  • Un clientélisme qui conduirait les représentants à vendre leur vote au plus offrant puisqu’ils ne seraient plus disciplinés par un parti ;
  • Une focalisation des élus sur les besoins immédiats de leurs électeurs au lieu de se concentrer sur l’intérêt général ;
  • Une préférence des élus pour la gestion des affaires courantes au détriment des réformes ambitieuses ;
  • Une tendance des électeurs à voter pour des personnes qui leur ressemblent, car les partis ne sont plus là pour réunir des individus d’origines mixtes sous la bannière d’une même cause.

Jonathan White et Lea Ypi, quant à eux, imaginent qu’en l’absence de parti, il serait plus difficile de susciter l’engagement politique de la population.

Pour Frances Rosenbluth et Ian Shapiro, les partis sont essentiels pour agréger les idées des citoyens et former une vision politique de long terme. C’est uniquement l’élection qui, grâce à sa mise en compétition des partis, donne le cadre nécessaire à l’émergence de programmes politiques complexes.

Des partis non essentiels dans la démocratie de demain

Le consensus décrit précédemment part du principe que l’absence de parti serait préjudiciable dans un système basé sur l’élection. On peut donc imaginer qu’il en serait différemment dans un modèle tel que la démocratie ouverte qui repose sur d’autres modes de représentations tels que le tirage au sort ou l’auto-sélection.

On sait par exemple que la démocratie athénienne fonctionnait sans partis politiques. L’élection n’y avait qu’un rôle secondaire, pour nommer certains postes de magistrat (stratège, trésorier, etc.). Il y avait des campagnes et des luttes d’influence, mais aucune structure stable comparable à des partis.

Dans un système où l’élection n’est plus centrale, il est probable que d’autres acteurs remplacent les partis politiques. Ainsi, des groupes d’intérêt pourraient se constituer à chaque nouveau projet de loi afin de faire valoir leurs arguments auprès de l’assemblée tirée au sort chargée d’étudier la question. Les corps intermédiaires (syndicats, associations, etc.) gagneraient d’autant plus d’importance.

Les partis, s’ils ne disparaissent pas, ont toutes les raisons de subir des transformations internes. En effet, avec le développement de nouveaux modes de représentation, il est probable que les partis s’en inspirent dans leur propre fonctionnement. Aujourd’hui, il existe déjà certaines listes composées de citoyens ou de partisans tirés au sort, un genre de pratique qui pourrait devenir moins anecdotique dans un système où le tirage au sort est reconnu.

Conclusion

On ne peut affirmer avec certitude que les partis politiques disparaîtront avec l’émergence de la démocratie ouverte. Mais si cela devait arriver, il y aurait d’autres acteurs pour prendre la relève, tels les groupes d’intérêt et les corps intermédiaires.

Mais qui, dans un tel système, serait capable de reprendre le rôle de programmation, d’agrégation d’idées, et de construction d’une vision politique à long terme ?

Il est probable que cela dépende du rôle assigné aux assemblées citoyennes : si elles ne s’occupent que de sujets bien délimités, les groupes d’intérêt leur présenteront des arguments relatifs à ce sujet, mais si elles sont chargées de définir les grandes orientations politiques, alors on peut imaginer que des think tanks de tout horizon leur présenteront leur vision politique à long terme. Ils agiront alors, de facto, comme des partis politiques, mais sans les contraintes attachées à l’élection.

Source

LANDEMORE – Open Democracy, chapter 6 : the principles of open democracy (2020)

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